La parenthèse du bavard #7 : Liquidation du régime de la communauté : comprendre le mécanisme des récompenses

Le mariage célébré sans contrat place les époux sous le régime légal de la communauté réduite aux acquêts. Ce régime, choisi par défaut par la grande majorité des couples, repose sur une logique simple : ce qui est acquis pendant le mariage appartient à parts égales aux deux époux. Mais cette logique se heurte vite à la réalité – celle des héritages reçus, des biens possédés avant l’union, de l’argent qui circule entre les comptes au fil des années. La liquidation du régime, au moment du divorce, sert précisément à débrouiller ces flux. Et c’est là qu’interviennent les récompenses.

Trois patrimoines, pas deux

Le mariage ne crée pas un, mais trois patrimoines : le patrimoine propre de l’époux, le patrimoine propre de l’épouse, et un patrimoine commun – la communauté – qui se constitue pendant l’union.

Ces trois entités cohabitent. Elles peuvent recevoir et dépenser, prêter et emprunter, financer ou être financées.

Pendant la vie commune, les frontières entre ces patrimoines deviennent floues. L’argent du compte joint sert à entretenir un appartement reçu en donation par l’un des époux. Une partie d’un héritage est versée comme apport pour l’achat de la résidence familiale. Des travaux sont financés sans qu’on sache trop avec quel argent. À la liquidation, il faut remettre les compteurs à zéro, et c’est le mécanisme des récompenses qui s’en charge.

Le patrimoine propre : ce sur quoi la communauté n’a pas prise

L’article 1405 du Code civil pose le principe : restent propres les biens dont les époux avaient la propriété au jour du mariage, ainsi que ceux qu’ils acquièrent ensuite par succession, donation ou legs. Un appartement hérité de ses parents, des liquidités reçues d’un grand-parent, une maison achetée avant la célébration : tout cela reste hors communauté.

Le patrimoine propre n’est pas figé. Il continue d’exister pendant le mariage, peut être vendu, échangé, réinvesti. Mais il garde son caractère propre sous une condition essentielle : que l’on puisse en retracer l’origine et le cheminement.

Les récompenses : le rééquilibrage des flux

L’article 1402 du Code civil pose une présomption redoutable : tout bien est réputé acquêt de communauté si l’on ne prouve pas qu’il est propre. Autrement dit, à défaut de preuve, ce qui se trouve dans le patrimoine commun à la liquidation appartient à parts égales aux deux époux, y compris ce qui aurait pu avoir une origine propre.

Le mécanisme des récompenses sert à rééquilibrer les transferts qui ont eu lieu pendant le mariage :

  • Quand un époux a financé avec ses fonds propres une dépense qui a profité à la communauté, la communauté lui doit récompense.
  • Quand la communauté a financé avec ses fonds une dépense qui a profité au patrimoine propre d’un époux, c’est l’époux qui doit récompense à la communauté.

Ces récompenses se règlent au moment de la liquidation.

La traçabilité : sans preuve, l’argent change de camp

L’argent est fongible. Une fois mêlé sur un compte commun, il devient indistinguable de l’argent commun. C’est la raison pour laquelle la traçabilité est centrale dans toute liquidation.

Une donation reçue par virement, déposée sur un compte joint et lentement consommée pour les dépenses du foyer pose, à la liquidation, un problème de preuve. L’époux qui a reçu la donation doit pouvoir établir trois choses : l’origine propre des fonds (acte de donation, virement traçable), leur entrée dans la communauté (relevés bancaires), et leur emploi par la communauté (factures, dépenses identifiées).

Sans cette chaîne de preuves, la donation est réputée s’être fondue dans la masse commune. L’époux qui l’avait reçue ne peut plus la revendiquer comme propre, et il n’a droit à aucune récompense.

Le conseil que je donne en consultation est simple : conservez tout. Les actes de donation, les avis de virement, les relevés bancaires, les factures importantes.

Trois situations, trois traitements

Reprenons un cas concret : un époux a reçu une donation de 100 000 euros pendant le mariage. Le sort de cette somme à la liquidation dépend entièrement de ce qu’il en a fait.

Premier cas — l’argent est resté sur un compte ouvert au nom propre de l’époux. Aucun flux entre les patrimoines, aucune dépense au profit de la communauté. La somme reste propre, identifiable, traçable. Pas de récompense à demander. À la liquidation, l’époux la conserve intégralement.

Deuxième cas — l’argent a été versé sur le compte joint, puis consommé pour les besoins du foyer. Il y a eu transfert du patrimoine propre vers la communauté, et la communauté en a tiré profit. La récompense est due, et son montant est égal à la dépense faite – c’est-à-dire au montant qui a été effectivement employé par la communauté (article 1469 alinéa 1 du Code civil). Si les 100 000 euros ont été dépensés, la communauté doit récompense de 100 000 euros à l’époux.

Troisième cas — l’argent a servi à acquérir un bien immobilier qui se retrouve dans le patrimoine commun à la liquidation. Le calcul change. Lorsque la valeur empruntée a servi à acquérir un bien encore présent dans le patrimoine de la communauté, la récompense ne peut être inférieure au profit subsistant (article 1469 alinéa 3). Concrètement : si l’apport de 100 000 euros représentait un quart du prix d’achat d’une maison (pour 400 000 euros), qui est estimée aujourd’hui à 600 000 euros, la récompense due par la communauté est de 150 000 euros, plus-value comprise. L’époux récupère ainsi non seulement sa mise, mais la part de l’enrichissement qu’elle a permis.

La déclaration de remploi : la parade en amont

Pour éviter qu’un bien acheté pendant le mariage avec des fonds propres tombe en communauté, le Code civil offre une solution préventive : la déclaration de remploi (articles 1434 et 1435). Lors de l’acquisition, l’époux qui finance avec ses fonds propres peut faire mentionner dans l’acte notarié que l’achat est réalisé en remploi de fonds propres. Le bien acquis reste alors propre, et n’entre jamais dans la communauté.

C’est une formalité simple, qui se règle chez le notaire au moment de la signature. Beaucoup de couples l’ignorent ou la négligent – et la découvrent, des années plus tard, en plein divorce, quand il est trop tard pour la rétablir.

Quand consulter ?

Le plus tôt possible. Une consultation avant une opération patrimoniale – réception d’un héritage, achat d’un bien, vente d’un actif – coûte infiniment moins cher qu’une bataille de récompenses dix ans plus tard.

En cas de séparation, dès les premières démarches : la liquidation se prépare, elle ne s’improvise pas.


Cet article est rédigé à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.

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Foire aux questions

Lors que vous êtes confrontés à une difficulté, ayez le réflexe de consulter votre Avocat. Un bref échange pourra vous permettre d’éviter de prendre de mauvaises décisions ou des initiatives qui pourraient vous être préjudiciables.

Dans cette attente, voici quelques conseils.

 

Comment organiser la garde des enfants ?

La fin de la relation amoureuse ne met pas un terme à la relation parentale. Il convient donc  d’essayer de s’entendre sur l’organisation de la place de chacun des parents auprès des enfants: résidence, contribution alimentaire, charge des trajets, etc.

Attention cependant à ne pas accepter une situation qui nous vous conviendrait pas. Contrairement à ce que vous pourriez croire, une fois certaines pratiques mises en place, il sera difficile de les faire modifier par un Juge. En effet, pour prendre sa décision, le magistrat fera toujours primer « l’intérêt de l’enfant »: cet enfant ayant déjà été marqué par la séparation de ses parents, le Juge va essayer de minimiser les changements à son encontre. Aussi, il aura tendance à confirmer par jugement la pratique en cours.

Essayer donc – dès votre séparation – de mettre en place un mode d’organisation au plus proche de ce que vous souhaiteriez sur du long terme. Mon Cabinet est bien sûr à votre disposition pour vous accompagner dans cette démarche.

Quelles démarches quand on quitte le domicile conjugal ?

Les conditions du départ du domicile familial ne seront pas les mêmes si couple est marié ou non.

Dans l’hypothèse du mariage, seul un Juge est censé pouvoir vous autoriser à résider séparément. Cependant, la situation devient parfois conflictuelle, et il peut être opportun d’anticiper ce départ. Trois précautions à prendre:

1°/ si votre époux(se) y consent, signez conjointement un document par lequel vous manifesterez votre volonté respective de vivre séparément dans l’attente d’une première décision de justice.

2°/ déposez une main-courante auprès de la gendarmerie ou du commissariat le plus proche pour signaler votre départ du domicile conjugal en raison d’une procédure de divorce en cours. Réclamez et gardez copie de ce document.

3°/ ne cessez surtout pas de contribuer aux charges du mariage: si un emprunt immobilier est en cours, continuez de participer à son règlement. Si votre conjoint n’a pas les capacités financières d’assumer les charges courantes du logement, ne résilier pas tous les abonnements, et continuez à honorer le paiement des factures et/ou du loyer.

Cet ensemble de précautions devraient permettre d’éviter que l’on vous reproche un abandon du domicile conjugal.

Si vous êtes concubins ou PACSés, vous pourrez partir sans « autorisation préalable », mais veillez à le faire de manière respectueuse et organisée. La jurisprudence sanctionne de plus en plus les « ruptures brutales » entre concubins.

Votre situation ne sera pas la même en cas d’achat d’un bien, de location aux deux noms ou un seul. Consultez le cabinet pour plus d’informations.

Quels documents conserver ?

Veillez toujours à mettre en lieu sûr ou à conserver une copie de vos documents administratifs: avis d’imposition, bulletins de paie, attestations CAF, relevés bancaires, contrats d’emprunts et échéanciers…

Comment préparer son premier rendez-vous ?

Le client est habituellement reçu au cabinet, mais des entretiens téléphoniques peuvent être organisés. Le premier rendez-vous est l’occasion pour vous d’exposer votre situation en détail. Le plus simple est souvent de fournir un récit chronologique des évènements. Vous pourrez être guidé dans vos explications par d’éventuelles questions.

Ces éléments vont permettre de qualifier juridiquement votre situation, et de vous présenter les diverses solutions existantes.  Afin de pouvoir vous conseiller au mieux, il pourra vous être demandé de vous présenter munis d’un certains nombre de pièces en copie:

  • pièce d’identité
  • livret de famille
  • dernier avis d’imposition
  • 3 derniers bulletins de paie
  • votre bulletin de paie de décembre de l’année précédente
  • liste de vos charges courantes
  • liste des charges relatives à vos enfants
  • échéanciers d’emprunts
  • etc.

A l’issue de cet entretien, un compte-rendu est habituellement adressé au client par courriel. Il est également possible de prévoir l’envoi d’une missive à la partie adverse ou à son conseil. Si une procédure doit être engagée, les honoraires seront estimés à l’issue de cet entretien.

La prise de rendez-vous se fait par téléphone ou par courriel. Dans ce dernier cas, merci de préciser vos disponibilités afin que des propositions d’entretien puissent vous être adressées en retour.

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